Tests par mariages consanguins chez les nouvelles lignées de fondation du Maine Coon ? Picture

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[Traduit par Patricia de Larminat, Chatterie Polychinelle.]

Auteur : Judith Schulz, chatterie Prairiebaby, Canada.

(Nota Bene: Cet article peut également s'appliquer à d'autres races!)

Quand un éleveur introduit dans son élevage des lignées de fondation pour la première fois, il est amené à se poser les questions suivantes : quels sont les modes de sélection les plus efficaces ? Que penser des tests par mariage consanguin ? Quand sont-ils nécessaires et à quel moment deviennent-ils plutôt inutiles ?

Même si beaucoup d'éleveurs pensent qu'un accouplement incestueux permettra de révéler les gènes récessifs, ce mode de dépistage ne nous donne en réalité que des informations vagues et partielles. En général les chats de fondation ont un génotype qui nous est inconnu. Ce qui veut dire que nous ignorons s'ils sont porteurs ou pas. Porteurs de quoi ? Nous ne savons pas vraiment ce que nous recherchons chez un chat de fondation, n'est-ce pas ? En d'autres termes, il est impossible de déterminer combien de chatons seraient nécessaires pour nous permettre de tirer des conclusions à propos de n'importe quel gène. C'est là que des tests par mariage consanguin jouent leur rôle. Comme on ne peut définir la probabilité de l'existence des gènes récessifs des chats de fondation, il faudrait produire beaucoup, beaucoup de portées issues d'individus apparentés pour qualifier une nouvelle lignée. Ce qui pourrait très bien signifier 100 chatons, ou peut-être même plus.

Que dire de la portée éthique de mariages consanguins sur de longues périodes ? Si nous accouplons un frère et une sœur pendant plusieurs générations, nous obtenons des chatons dont les gènes t et b sont plus ou moins égaux. Comme ce sont les gènes responsables de reconnaître et de combattre la maladie, le système immunitaire de l'animal sera affaibli en proportion. Autrefois, des éleveurs de notre race ont fait beaucoup de tests par mariage consanguin pour travailler la couleur ou le type (il est bon de noter que la meilleure façon de révéler les caractères récessifs d'un Maine Coon de fondation serait de le croiser avec un siamois plutôt qu'avec son frère - mais ceci n'est pas dans le sujet). Le résultat était souvent des chats « sniffeurs » aux intestins fragiles qui devaient être gardés dans un environnement presque stérile pour rester à peu près en bonne santé. Ce type d'expérimentation, si elle est conduite pendant quelques générations, fera voir le jour à beaucoup de bébés qui ont une grande chance de mourir jeunes d'un cancer, d'hériter de mauvaises gencives et de mauvaises dents, de développer toutes sortes d'allergies, et/ou de devenir des porteurs chroniques d' URI (Infection Respiratoire des voies supérieures). Tout cela parce qu'ils ont un système immunitaire peu résistant. Saviez-vous que la schizophrénie et un comportement irritable sont également des symptômes secondaires d'un déficit immunitaire due à la consanguinité ? On oublie souvent que les propriétaires des chatons résultant des tests devront assumer tous les soins médicaux si le système immunitaire de leurs chatons est atteint. La tête dans nos projets - et le plus souvent avec les meilleures intentions, je vous l'accorde - nous avons tendance à oublier qu'il ne s'agit pas seulement de pedigrees et de génétique. Le meilleur environnement pour nos bébés étant de vivre au sein d'une famille comme animal de compagnie, est-ce juste vis-à-vis du propriétaire et de l'animal ?

Je voudrais aussi mentionner ici que les embryons avec des tares lourdes sont souvent résorbés et ne naissent jamais. La seule preuve de cela est une portée réduite. La résorption et la mise bas de chatons morts nés sont très courantes parmi des portées consanguines. Etaient-ce les chatons « invisibles » parce que résorbés qui avaient un problème de pectus ? Peut-être que les deux chatons morts nés auraient développé une queue crochue à cinq mois, qui sait ? Nous n'introduisons pas de nouvelles lignées de fondation afin d'avoir du sang neuf dans la race, seulement pour nous retrouver à nouveau dans le schéma que nous essayons d'éviter. Nous devons aussi mentionner que certaines populations issues de chats de fondation ont déjà un coefficient de consanguinité qui ne permet pas de continuer les mariages consanguins.

Si un éleveur veut savoir si un chat de fondation est porteur d'un gène récessif simple, il peut croiser ce chat avec un chat qu'il sait porteur. De toute façon, on doit obtenir environ 16 chatons pour avoir une certitude de 99% que le chat de fondation n'est pas porteur de la tare en question. Ces chatons ne doivent pas être croisés entre eux. Nous nous retrouverions alors avec les mêmes problèmes que dans le reste de la population concernée par la consanguinité. Après que la phase du test des 16 chatons est terminée, nous pouvons en toute logique mélanger nos nouvelles lignées avec les lignées traditionnelles de chats d'exposition, et injecter ainsi du sang neuf dans le pool génétique global. Comme toutes les espèces pures races sont déjà consanguines de façon modérée (line bred), beaucoup SONT porteurs de la même tare génétique. Ce qui veut dire que la descendance d'une lignée « testée » sera de nouveau croisée à des chats qui appartiennent à une population affectée et le problème réapparaîtra probablement de nouveau deux générations plus tard. Qu'en avons-nous tiré ? Devrions-nous peut-être poursuivre à la génération suivante et à nouveau produire 16 chatons avec un porteur reconnu ? Et à la génération d'après ?

Pourquoi pas « la méthode des 7 chatons » ? Certains éleveurs pensent que les tests par mariages consanguins auraient plus de sens si le porteur de la tare indésirable était homozygote. Ce chat ne devrait alors produire que 7 chatons pour avoir la certitude à 99% que son partenaire est indemne. Voici une autre question : si ce chat est porteur homozygote, cela veut logiquement dire que le problème s'exprime, et que le chat est malade, n'est-ce pas ? Si cette tare génétique est lourde, voulons-nous produire plusieurs portées avec ce chat juste pour trouver si notre chat de fondation est vecteur du même gène ? D'un autre côté, si la tare génétique est secondaire et que nous voulons simplement obtenir des informations sur des défauts esthétiques comme des lockets ou un défaut de queue, alors la « méthode des 7 chatons » pourrait sûrement être utile s'il n'y avait pas les charmants polygènes !

Un autre problème est celui posé par les nouvelles mutations. Un test par mariage consanguin peut produire plusieurs mutations qui ne seraient pas apparues dans le cas d'un croisement normal, même avec le même couple de reproducteurs. En d'autres termes, le chaton nº 15 ou 16 peut exprimer le gène défavorable que nous cherchons - pas parce que les parents sont porteurs mais à cause d'une soudaine mutation du gène.

Même si les nouvelles lignées de fondation font l'objet de dépistages soigneux et sont testées par un éleveur de fondation sérieux, nous ne pouvons garantir que ces lignées seront indemnes de tares génétiques. En fait, aucun être vivant n'est indemne de tares génétiques. Les éleveurs qui veulent obtenir « une population d'élevage indemne » doivent prendre conscience qu'il n'y a PAS de population indemne. Tous les chats et toutes les lignées portent des gènes récessifs indésirables. Il n' y a pas de lignées pures et il n'y a pas de chats parfaits. Si nous faisions des tests par mariages consanguins sur nos lignées d'exposition actuelles pour effectuer une sélection, combien de chats resteraient dans nos programmes d'élevage ? Si nous connaissons la réponse, pourquoi diable avons-nous seulement l'idée de tester par la même méthode nos chats de fondation ? Il me semble que cette méthode est un pas en arrière. Nous sommes presque désireux de reproduire pour obtenir une caractéristique indésirable au lieu de tendre directement vers les caractéristiques DESIRABLES.

Voici une autre réflexion pour ceux qui pensent toujours qu'ils connaissent leurs lignées d'exposition éprouvées et ne sont inquiets que des terribles tares qu'un chat de fondation pourrait transmettre : un mariage test avec un chat de fondation et un chat avec un pedigree classique ne démontre pas plus la « pureté » de la nouvelle lignée que celle de la lignée ancienne. Pourquoi ? Parce que les gènes récessifs devraient être transmis par les deux parents pour qu'ils puissent se manifester dans leur descendance. C'est-à-dire que si un problème apparaît, la nouvelle lignée n'aura pas plus apporté de caractéristique indésirable que l'ancienne.

Souvent les éleveurs introduisent un chat exogame dans leur chatterie dont la moyenne comporte entre 5 et 15 (ou plus) de chats aux pedigrees rapprochés. Ce nouveau chat aura pour but de rééquilibrer les tares génétiques que se seront manifestées au cours des années. Ce n'est pas comme cela que ça marche. Cela prend du temps de reproduire en s'éloignant du schéma général. Nous nous méprenons si nous pensons que nous pouvons accélérer le processus en faisant des mariages consanguins. Si nous les faisons malgré tout, nous pouvons être presque sûrs qu'ils seront source de problème parce que nos chats de fondation portent des gènes défavorables tout comme n'importe quel chat. Pas besoin de tester de cette manière! Que faire si nous découvrons quelque chose? Castrer et stériliser tout le monde et recommencer à zéro ? Et si un nouveau problème apparaît avec la nouvelle lignée suivante (ce qui arrivera très certainement, et juste à cause des tests) ? Devrions-nous mettre un terme à cette lignée également ? Ou gardons-nous la descendance en dissimulant les complications aux autres, juste pour leur offrir ce qu'il attendent : des chats de fondation « indemnes » ? Pourquoi la consanguinité si tout le monde s'attend au résultat ?

En résumé : les gènes porteurs de tares récessives peuvent seulement être éliminés jusqu'à un certain point, indépendamment du nombre de tests pratiqués. Ceci est valable pour TOUS les Maine Coons. Nous espérons pouvoir apporter des lignées non apparentées à nos lignées traditionnelles. Ces chats peuvent introduire de nouveaux problèmes au sein de nos anciennes lignées tout comme celles-ci peuvent le faire avec nos lignées de fondation. Cependant, les problèmes liés à des tares génétiques peuvent être réduits et corrigés si un travail est fait sur plusieurs générations, et cela tant que nous évitons la consanguinité. Un gène récessif devient problématique seulement si les deux parents sont porteurs. Les chances que deux chats portent les mêmes gènes sont bien plus faibles si les chats ne sont pas apparentés. Si un problème apparaît, inquiétons-nous et résolvons-le à ce moment-là. L'association de dépistages génétiques, de sélection et l'introduction de chats exogames n'est pas la réponse à tous les problèmes de santé. Mais l'introduction de nouvelles lignées est sûrement le moyen le plus efficace de réduire les problèmes liés au déficit immunitaire. L'introduction de nouvelles lignées associée aux dépistages et à une sélection est aussi (avec ses limites) un outil efficace pour combattre les maladies génétiques. Si nous avions évité dès le début de travailler avec un pool génétique limité, nous ne payerions pas pour d'onéreux dépistages de HCM et de HD aujourd'hui, tout simplement parce que ses problèmes n'existeraient pas comme aujourd'hui à une échelle qu'on ne peut endiguer. Beaucoup d'entre nous cherchent à atteindre un idéal de santé impossible. Même avec les meilleures intentions, l'élevage restera toujours une loterie nécessitant beaucoup de travail. Nous continuons à espérer et à prier pour le meilleur. Bien que l'espoir soit fragile, il renaît éternellement..........