Chercher à éviter les pathologies génétiques en élevage Picture

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[Traduit par Catherine Muller-Sautreau, Chatterie d'Ailuropus]

Auteur: Ulrika Olsson

Le risque que représentent les pathologies héréditaires est une chose dont on parle de plus en plus entre éleveurs félins et au sein des différents clubs et associations. Bien entendu, on veut tous que nos chats soient en bonne santé! Pourtant, des pathologies héréditaires néfastes apparaissent de loin en loin dans les différentes races. Pourquoi cela? Qu'est-ce qu'on peut faire? Afin de comprendre ce qui se passe dans nos races quand une "épidémie" génétique démarre et pour chercher à contrôler cela, il faut apprendre les premières bases de la génétique des populations.

Un mot important: la fréquence allélique

Prenons par exemple le gène de la dilution et imaginons qu'on a une population d'élevage de 100 chats. Puisque chaque chat a deux paires de chromosomes, cette population a 200 loci pour le gène de la dilution - c'est-à-dire 200 endroits où l'allèle D ou l'allèle d peuvent être situés. Maintenant, imaginons que 40 de ces loci sont occupés par un allèle d, tandis que les 160 autres ont un allèle D. Alors, la fréquence allélique de d dans cette population est de 40/200 = 0,20 = 20%. De la même manière, on trouve que la fréquence allélique de D est de 160/200 = 0,80 = 80%.

Ainsi, si certains critères d'équilibre (l'équilibre d'Hardy-Weinberg) sont remplis ils ne le sont jamais complètement en réalité, mais laissons ce point de côté pour l'instant la probabilité que deux allèles d soient appariés chez un individu pour donner un chaton bleu sera de 20% x 20% = 0,20 x 0,20 = 0,04 = 4%.

La probabilité qu'un chaton de cette population soit porteur de la dilution (hétérozygote) est alors de 20% x 80% + 80% x 20% (c'est--dire: la probabilité qu'on ait un allèle d sur un chromosome de la paire chromosomique x la probabilité qu'on ait un allèle D sur le second chromosome + la probabilité qu'on ait, à l'inverse, un allèle D sur le "premier" chromosome x la probabilité qu'on ait un allèle d sur le "second" chromosome de la paire) = 2 x (0,20 x 0,80) = 0,32 = 32%.

La probabilité qu'un chaton de cette population soit noir, sans porter la dilution (homozygote DD) est de 80% x 80% = 0,80 x 0,80 = 0,64 = 64%.

A présent, considérons cela d'un autre point de vue. Imaginons qu'on ait découvert que 16% d'une population soit atteinte de PRA. Si on pouvait supposer que les conditions d'équilibre mentionnées précédemment étaient remplies (ce qui supposerait, entre autres, que la populations n'est pas divisée en différentes lignées!), on pourrait alors estimer la fréquence allélique de la mutation récessive responsable de la PRA. Symbolisons cette fréquence allélique par f. On sait donc que f x f = 0,16. Il n'y a plus qu'à résoudre l'équation f = racine carrée de 0,16. Donc f = 0,40 = 40%.

On peut alors également estimer la proportion de porteurs de l'allèle induisant la PRA (hétérozygotes): (0,40 x 0,60) + (0,60 x 0,40) = 2 x (0,40 x 0,60) = 48%. C'est très pratique, non? A présent, au cœur du sujet du pool génétique et de la consanguinité, abordons un thème majeur:

La taille efficace de la population

Le fait que certaines races aient une population plus importante que d'autres et que le pool génétique puisse être trop limité dans les races à faible effectif relève probablement de l'évidence pour la plupart des éleveurs. Mais bien trop d'éleveurs ont confiance en l'étendue du pool génétique des races les plus importantes (par exemple, les Persans ou les Birmans): c'est comme s'il n'y avait pas de risque d'y rencontrer des problèmes de consanguinité, à moins de choisir délibérément de travailler une lignée en consanguinité. Mais ce n'est pas toujours le cas.

On débat parfois du fait que la reproduction intensive de quelques individus exceptionnels est dommageable aux races, y compris aux races aux effectifs les plus larges. La forme la plus extrême de reproduction intensive d'un individu qu'on puisse imaginer consisterait à marier un seul mâle à chaque femelle de la population, sur une génération. Avec une telle pratique d'élevage, le pool génétique ne serait évidemment pas étendu, même si la population comptait un millier de femelles sans liens de parenté. Pour mieux se figurer quelle est vraiment l'étendue du pool génétique dans un tel cas, on peut calculer la taille efficace de la population. Si la population compte 100 individus, avec autant de mâles que de femelles, qui tous sont mariés entre eux au hasard, avec un nombre égal de descendants pour chaque parent, alors la taille de la population EFFICACE est également de 100 individus. A l'inverse, avec la reproduction intensive d'un seul mâle, comme décrite précédemment, on peut calculer la taille efficace de la population à l'aide de la formule suivante:


       1        1        1

      ---- = ------ + -------

       Ne    4 x Nm    4 x Nf

 

Où Ne = la population efficace, Nm = le nombre de mâles et Nf = le nombre de femelles.

Dans notre exemple:


       1       1         1

      ---- = ----- + --------

       Ne    4 x 1   4 x 1000



       1      1     1

      ---- = --- + ----

       Ne     4    4000



       1     1001

      ---- = ----

       Ne    4000



       Ne    4000

      ---- = ----

       1     1001



      Ne = 3,996

Donc cette importante population 1001 reproducteurs quivaut à une population efficace de seulement 2 mâles et 2 femelles!

Globalement, l'effectif efficace n'excèdera pas 4 fois le nombre d'individus du sexe le moins représenté (à moins d'avoir défini un programme d'élevage dont le but soit spécifiquement d'empêcher une perte de variabilité génétique, mais c'est très rarement le cas en élevage félin). Cela signifie que si seulement 5 mâles sont utilisés en reproduction, la taille efficace de la population n'excèdera pas 4 x 5 = 20, même si on pouvait utiliser un million de femelles différentes dans ce programme d'élevage.

En pratique, bien sr, il est rare que 5 mâles soient utilisés pour exactement le même nombre de saillies et que le reste des mâles de la population ne soient pas mis en reproduction DU TOUT. Il devient alors difficile d'utiliser cette formule. Mais pas de panique: il y a d'autres méthodes!

Un effectif efficace trop faible entraînera une hausse du degré de consanguinité des individus à chaque génération. Il y a un lien entre consanguinité et taille efficace de la population. En se servant de ce lien, on peut estimer l'effectif efficace de nos races félines. On peut utiliser les pedigrees pour calculer le coefficient de consanguinité (COI ou ICO). La manière la plus simple est d'entrer le pedigree dans un programme informatique de qualité qui est capable de calculer l'ICO. Il est également possible de le calculer à la main. Ce n'est pas compliqué du tout, mais si les relations de parenté sont complexes et que vous voulez prendre en compte beaucoup de générations, cela prend pas mal de temps et il y a un risque important qu'une erreur se glisse en chemin. Néanmoins, si les liens de parenté sont simples et que le nombre de générations considérées est raisonnable, vous pouvez calculer rapidement l'ICO à partir d'un pedigree. Il est vraiment utile de savoir le faire! La manière de le calculer a fait l'objet de beaucoup d'articles.

Si on voulait calculer la taille efficace de la population d'une race féline, par exemple le Cornish Rex, dans un pays donné, il faudrait d'abord un fichier ou une base de données avec les pedigrees du Cornish Rex dans le pays en question. Dans cette base de donnée, on sélectionne les portées nées durant l'année précédente. S'il y a un très grand nombre de portées, on peut sélectionner un échantillon au hasard. On calcule ensuite le coefficient de consanguinité des chatons de ces portées, par exemple sur 5 générations. Faites-en la moyenne, on en aura besoin par la suite. Ensuite, on prend les parents des portées sélectionnées et on calcule le coefficient de consanguinité de ces chats, à la seule différence qu'on prend une génération de moins en compte (dans notre exemple, 4 générations), puis on calcule la valeur moyenne de ces coefficients. Imaginons qu'on a une moyenne de 5,5% pour les portées et 4,5% pour les parents. On calcule la différence: 5,5% - 4,5% = 1,0 point. Pour savoir dans quelle proportion le degré d'hétérozygotie a diminué à cette génération, on effectue le calcul suivant: 0,01 / (1-0,045) = 0,01047, ou 1,047 %. On a alors une autre formule:


              1

      Ne = ------

           2 x dF

... où Ne est la taille de la population efficace et dF la variation du degré d'hétérozygotie d'une génération à la suivante, qu'on a calculé.

Dans notre éxemple, avec dF = 1,047% = 0,01047, on aura:


                1

      Ne = ----------- = 47,76

           2 x 0,01047

La taille efficace de la population du Cornish Rex serait donc, dans notre exemple, de 48. Un effectif efficace de 50 individus est généralement considéré comme la limite inférieure quand une espèce est menacée d'extinction. Bien sr, les races felines n'appartiennent pas à une espèce à part, mais avec des livres d'origine fermés, l'effet est le même.

Il est possible que notre population de Cornish Rex soit davantage consanguine que nécessaire, pour la simple raison que les éleveurs sont séparés en petits groupes qui élèvent des lignées bien distinctes. Peut-être que notre effectif efficace serait plus important si cette ségrégation en lignées n'existait pas? Comment l'estimer?

On revient au groupe des parents dans notre échantillon et on les sépare en mâles et femelles. On les assortit alors en mariages tests au hasard. On calcule les coefficients de consanguinité des portées fictives de ces mariages au hasard, puis leur valeur moyenne. On la compare alors à la valeur moyenne des coefficients de consanguinité de parents. Imaginons que les assortiments au hasard donne un coefficient de consanguinité moyen de 5% sur les descendants. Alors dF = (0,05-0,045)/(1-0,045) = 0,005236 = 0,5236%. Et...


                1

      Ne = ------------ = 95,49

           2 x 0,005236

Par conséquent, dans ce scénario, l'effectif efficace aurait une taille bien plus raisonnable, en obtenant simplement une meilleure coopération entre les éleveurs d'un pays.

Que se passe-t-il si la taille efficace de la population est trop faible?

Il arrive que les coefficients de consanguinité moyens augmentent à chaque génération. En fait, cela se passe dans TOUTES les populations qui n'ont pas une taille illimitée, mais dans ce cas la sélection naturelle empêche qu'il y ait plus d'individus consanguins, de sorte que la légère hausse de la consanguinité est compensée et que le statu quo est maintenu. Il est également connu qu'il y a plus d'œufs fécondés que d'individus menés à terme dans les portées: il existe une théorie selon laquelle un fœtus doit "lutter" pour sa place dans l'utérus, les fœtus avec le plus fort degré d'homozygotie ayant le moins de chances de survivre. Néanmoins, cette théorie n'est pas prouvée.

Que se passe-t-il si les coefficients de consanguinité moyens augmentent génération après génération? Au départ, pas grand chose: les vrais problèmes n'apparaissent pas avant que le degré d'homozygotie ait atteint un certain point critique. Généralement, il est alors bien plus difficile d'y remédier. Il est préférable de commencer à résoudre ces problèmes avant que les symptômes n'en apparaissent. Bien sr, le problème pédagogique est alors que tous les éleveurs qui ont commencé avec trop peu d'individus ne voient pas immédiatement les problèmes engendrés. Ils se disent: "J'ai fait de l'élevage de cette manière pendant des années, et je n'ai pas eu de problèmes". Mais, comme on peut le voir, une méthode par essai et erreur n'est pas une très bonne approche dans ce cas: quand "l'erreur" apparaît, il un peu tard pour y remédier facilement.

Pourquoi l'endogamie est-elle si dangereuse en élevage? Les éleveurs bien informés le savent, cela signifie un risque accru d'appariement d'allèles récessifs pathogènes ou létaux. Normalement, le système des paires chromosomiques nous protège de ce risque, de façon notable dans les populations peu consanguines. Tous les individus sont porteurs de quelques allèles récessifs pathogènes. Certains pensent que le travail en consanguinité débarrasse des allèles récessif et permet d'élever des individus plus sains pour l'avenir. Mais la consanguinité ne débarrasse de rien du tout en soi: il faut l'associer à une sélection très stricte afin d'éliminer les gènes indésirables. De plus, il faut pratiquer une consanguinité particulièrement rapprochée pour que tous les loci ou presque soient homozygotes, de manière à voir si les chats portent et expriment des gènes indésirables. Mariez une femelle avec son frère et 25% des loci seront homozygotes. Mariez ensuite deux de leurs petits ensembles et 37,5% des loci seront homozygotes. A présent, prenons deux chatons de cette portée pour les marier ensemble: le degré de consanguinité est tel que la plupart des éleveurs feraient marche arrière. Et pourtant, il n'y a encore que 50% des loci "seulement" qui soient homozygotes. Ainsi, en dépit de cette forte endogamie, on n'aura pas réussi à faire s'exprimer d'autres allèles récessifs, dont peut-être des gènes pathogènes.

Mais imaginons qu'on poursuive le raisonnement jusqu'au bout: élevons une lignée jusqu'à ce qu'elle atteigne 100% d'homozygotie, associée à une sélection sévère à l'encontre des gènes pathogènes. Tous les individus auront exactement le même génotype, si ce n'est que les mâles doivent avoir un chromosome Y et les femelles un second chromosome X.

Certes, cela a demandé beaucoup d'effort et d'argent pour construire cette lignée dite isogénétique, et de nombreux chats sont morts en cours de route. Mais au final, on est arrivé à construire une lignée 100% génétiquement saine! Youpiiiiiiiii!

C'est possible, cela peut être fait, si vous prenez garde à ne pas augmenter le degré d'homozygotie plus rapidement que vous ne parvenez à éliminer les gènes mutants. Cela a été fait avec les souris utilisées pour les tests scientifiques. Cela marche très bien! Mais il n'y a qu'une lignée sur 20 qui survit. Les 19 autres lignées meurent pendant le processus. Peut-être que ça ne vaut pas la peine de tenter le coup?

De plus, le système immunitaire n'est pas très performant chez les individus très homozygotes. Le système immunitaire est bien plus efficace si les loci impliqués sont hétérozygotes, puisque cela donne à l'individu la possibilité de développer davantage d'anticorps DIFFERENTS, et pas seulement tous pleins d'anticorps IDENTIQUES. Ce n'est pas un problème majeur chez les souris de laboratoire, puisque leur environnement est à peu près protégé des maladies contagieuses (involontaires), et dans la mesure où, malheureusement, la mort d'une souris de laboratoire n'est pas vraiment considéré comme une tragédie. Si un chat de compagnie adoré et considéré comme le membre d'une famille décède, c'est effectivement très triste. Hum Peut-être que ce n'est pas une si bonne idée que ça après tout?!

En plus de tout cela, des mutations ont lieu spontanément, et avec le temps, finiraient par détruire notre génotype sain. Il faut faire avec une ou deux nouvelles mutations chez chaque individu.

Je pense qu'on ferait mieux de changer de stratégie!

Mais que faire si une race est déjà consanguine?

Si une race ou une population est déjà suffisamment consanguine pour que des signes clairs de dépression consanguine soient apparus, comme, par exemple, un taux élevé de cancers précoces ou d'infections, qu'est-ce qu'on peut faire?

S'il y a des lignées sans liens de parentés avec les siennes dans d'autres pays, la meilleure solution serait bien entendu d'augmenter les échanges de chats avec ces pays. S'il n'existe pas de telles lignées non-apparentées, il faudra faire des mariages exogames avec des chats d'une autre race ou des chats non enregistrés, qui rentrent suffisamment bien dans le cadre du standard. S'il y a suffisamment de nouveaux allèles introduits dans la population, les problèmes liés à la consanguinité seront résolus.

Une objection assez fréquente contre ce type de solution consiste à dire qu'on ne sait pas quels nouveaux allèles récessifs pathogènes pourraient être introduits dans notre race par ces mariages exogames. C'est vrai: on ne sait pas. Mais ce qu'on sait, c'est que presque tous les individus sont porteurs de quelques gènes récessifs pathogènes. De nombreux éleveurs pensent également qu'il vaut mieux avoir une population plus consanguine avec moins de pathologies génétiques, afin de pouvoir les contrôler plus facilement. Il peut même y avoir des tests disponibles pour dépister ces maladies. Mais, comme on va le voir, il vaut mieux avoir différents allèles récessifs pathogènes aux fréquences alléliques faibles que d'avoir une seule pathologie au mode de transmission récessif avec une fréquence allélique élevée.

Imaginons que, dans une population A, une pathologie récessive a une fréquence allélique de 50%. On la compare à une population B, qui a une fréquence allélique de 10% pour cinq pathologies récessives différentes. La fréquence allélique des gènes pathogènes est ainsi la même dans les deux populations, mais la population A n'a qu'un seul type d'allèle mutant (facile à garder sous contrôle), tandis qu'il y a cinq types différents d'allèles défectueux dans la population B.

Le risque qu'un chaton de la population A exprime une pathologie récessive est alors de 0,5 x 0,5 = 0,25 = 25%.

Le risque qu'un chaton de la population B exprime une pathologie récessive est alors de 5 x ( 0,1 x 0,1) = 0,05 = 5%. Cela montre qu'on a considérablement moins de chatons qui expriment un problème dans une population où plusieurs pathologies différentes ont des fréquences alléliques basses. La manière la plus efficace de garder une race en bonne santé n'est pas de chercher à éliminer les allèles récessifs pathogènes, mais de garder leur fréquence allélique à un niveau suffisamment bas pour que deux allèles récessifs pathogènes du même type ne soient presque jamais appariés.

Des éleveurs hésiteront à pratiquer des mariages exogames parce qu'ils ont peur de perdre le type à jamais. Des éleveurs pensent que les mariages endogames, entre parents proches ou sur une lignée, est la seule manière d'obtenir un excellent type uniforme. Il est vrai qu'en la matière, on peut obtenir des résultats plus rapidement avec des mariages endogames. Le problème est que cela met en jeu la santé à long terme des chats. Il est possible d'obtenir le même résultat sans mariages endogames, même si cela prend plus de temps. Malheureusement, le travail en consanguinité est un raccourci très tentant pour les éleveurs qui ont envie d'exposer leurs chats. Mais il faut se souvenir que la plupart des gènes qui forment alors des paires homozygotes n'ont absolument rien à voir avec le type. Par exemple, un humain a approximativement 30.000 gènes, dont 98,5% sont identiques à ceux d'un chimpanzé. Et pourtant, ne sommes nous pas assez différents du chimpanzé? Quelle proportion des gènes différencient un Siamois et un Persan? Ou un Chat des forêts norvégiennes et un Maine Coon? Ou entre un Burmese bien typé et un chat de gouttière qui ressemble à un Burmese, avec un type raisonnablement bon? Rien de plus que ce qu'on peut arranger en quelques générations d'élevage sélectif, j'en suis à peu près certaine!

Des problèmes génétiques apparaissent dans les races!

Oui, c'est également d à une taille efficace de population trop faible! A moins que cela ne soit d à des pratiques d'élevage ne prenant pas en considération les fonctions anatomiques de l'animal. Chercher à obtenir des corps extrêmement longs peut poser des problèmes dans le dos. Elever pour obtenir des faces très aplaties peut poser des problèmes dentaires. Rechercher des formes faciales extrêmement triangulaires, carrées, rondes, etc. peut poser des problèmes stomatologiques, oculaires, cérébraux ou que sais-je encore. Un chat doit avoir le droit d'être d'abord et avant tout un CHAT. Ce n'est pas un morceau d'argile qu'on façonne en fonction de nos propres idéaux esthétiques. Il faut qu'on se souvienne qu'un chat n'est pas fait de cercles, de triangles, de carrés ou d'autres figures géométriques. Parfois, j'en viens à être d'accord avec un généticien, qui travaille principalement avec des chiens et qui a suggéré que, peut-être, les éleveurs devraient uniquement élever des chiens avec une fourrure de caniche, pour pouvoir y TAILLER les formes géométriques et les angles bizarres qu'ils apprécient. L'anatomie des animaux serait tranquille. Ensuite, même si le standard parle de la forme triangulaire ou carrée d'une tête, nous, éleveurs, devons résister à la tentation de l'extrêmiser. Il faut qu'il s'agisse d'une tête de chat, pas d'une figure géométrique.

Hormis la tendance à aller vers les types extrêmes en élevage, ce sont les tailles efficaces de population trop faibles qui impliquent, dans les races, des fréquences alléliques élevées pour bien des pathologies génétiques. La plupart des éleveurs semblent s'y perdre. Ils peuvent penser que si on, a par exemple, 10% de chats d'une race atteints de PRA, c'est-à-dire une fréquence allélique d'environ 32% pour l'allèle muté de la PRA, et qu'on ne pratique pas de tests en cherchant à réduire cette fréquence, celle-ci augmentera automatiquement avec le temps. Ce n'est pas exact. Si c'était le cas, alors la fréquence de l'allèle de la dilution (qui donne les chats bleus, crèmes, etc.) augmenterait continuellement, à moins qu'on mène une sélection pour l'empêcher. Si l'effectif efficace est suffisamment large, qu'il y ait ou non une sélection menée pour éviter la PRA, la fréquence allélique restera à 32%.

D'un autre côté, si on ne mène qu'une très légère sélection à l'encontre de la PRA, par exemple en ne laissant les chats atteints de PRA (homozygotes) n'avoir qu'une seule portée, la fréquence allélique diminuera. Lentement avec une sélection faible, plus rapidement avec une sélection stricte. Si on pouvait, aujourd'hui, sortir de reproduction tous les chats atteints de PRA avant qu'ils aient une portée, le résultat donnerait:


      Nombre de      Fréquences génotypiques (%)

      générations     PP         Pp        pp



      1               46,8       43,2      10,0

      2               57,8       36,5      5,76

      3               65,0       31,2      3,74

      4               70,2       27,2      2,62

      5               74,1       24,0      1,94

      Et cætera.

Mais que se passe-t-il si la taille efficace de la population est trop faible? Qu'en sera-t-il de la fréquence allélique des pathologies? Cela reviendra à tirer 10 fois à pile ou face. La chance de voir sortir face est de 50% à chaque fois. Si on tire à pile ou face un millier de fois, on sera assez près de 50% de pile et de 50% de face. Mais si on ne tire à pile ou face que 10 fois, il n'est pas très surprenant d'avoir 70% de face et 30% de pile, ou 30% de face et 70% de pile, ou une quelconque autre répartition.

Dans une population féline trop petite, le scénario est analogue: une fréquence allélique de 30% peut monter à 35% à la génération suivante, à cause de cet effet de hasard. Elle peut tout aussi bien descendre à 25%, à cause de ce même effet de hasard ce qui, dans le cas de la PRA, serait bien entendu préférable. Mais soyons pessimistes et imaginons que la fréquence allélique à la génération suivante soit de 35%. Alors la fréquence allélique ATTENDUE à la génération d'après sera également de 35%. Mais elle peut cependant s'avérer être de 29%, 34%, 38%; 42%, ou n'importe quel exemple. Plus la taille efficace de la population est faible, plus le risque est grand que les valeurs réelles d'une fréquence allélique s'éloignent des valeurs attendues. La nouvelle fréquence, obtenue au hasard, sera la fréquence attendue à la génération suivante. Ce phénomène est appelé dérive aléatoire. Si l'effet de déviation lié à cette dérive aléatoire est plus important que l'impact de la sélection qu'elle soit naturelle ou artificielle -, une fréquence allélique peut très bien varier dans une direction opposée à celle que l'on veut, MALGRE la sélection. Alors, les yeux pourraient devenir plus pales chez les Siamois, les plumets pourraient être plus petits chez les Norvégiens ou la PKD pourrait devenir plus commune chez les Persans. Cela serait loin d'être amusant!

Si on veut comprendre comment la PKD est devenue un problème bien trop répandu chez les Persans, une mystérieuse sélection en faveur de reins défaillants n'est pas très vraisemblable... La cause doit être ailleurs.

Bien sr, il faut que ça ait commencé par une mutation apparue chez un chat, il y a très longtemps. C'est un gène dominant, donc ce premier chat a développé des kystes sur les reins. Imaginons que c'était un mâle, mort de PKD à l'âge de 5 ans, ou peut-être 7 ou 8 ans. Dans tous les cas, une pression sélective s'exerce à l'encontre de ce gène muté. Si la population est suffisamment large, la fréquence allélique descendra et finira par tomber à 0%. Et même sans sélection de quelque ordre à l'encontre de ce gène, il y a de bonnes chances que le gène muté disparaisse en quelques générations, puisque sous l'effet du hasard la fréquence allélique réelle peut être légèrement supérieure ou légèrement inférieure à la fréquence attendue. Et puisque la fréquence est initialement très faible (un seul allèle muté dans une large population), il est assez vraisemblable que la fréquence finisse par tomber à 0% par le seul hasard. La mutation est éliminée.

Donc, la taille efficace de la population des Persans n'était apparemment pas suffisamment importante. Par dérive aléatoire, le hasard a malheureusement fini par impliquer une hausse de la fréquence allélique de la mutation de la PKD. En dépit d'une certaine pression sélective à l'encontre du gène muté, sa fréquence avait atteint approximativement 25-30% avant que davantage d'éleveurs prennent conscience du problème et qu'une sélection plus stricte soit mise en œuvre.

Qu'est-ce que cela nous apprend? Que si on n'a pas des populations aux tailles efficaces suffisantes, d'ennuyeux problèmes génétiques aux fréquences élevées continueront à apparaître. Si on est malchanceux, on pourra également rencontrer des difficultés dans nos tentatives de réduire l'impact de ces problèmes par sélection.

Si, à l'inverse, on s'assure que les tailles efficaces des populations de nos races sont suffisamment importantes, les problèmes génétiques cesseront de devenir des problèmes communs à toute la population.

Faire de l'élevage avec des effectifs efficaces trop faibles tout en mettant en place des projets pour lutter contre les pathologies génétiques à l'intérieur de la race, c'est comme suivre un traitement contre le cancer et continuer à fumer. Ou bien écoper et essuyer l'eau qui a débordé d'une baignoire sans avoir pensé à fermer le robinet: l'eau continue à couler DANS la baignoire.

Travailler à étendre suffisamment les pools génétiques est une forme de traitement préventif pour nos races. Il n'est pas judicieux de ne traiter que les maux sans se demander quelles mesures préventives peuvent éviter les symptômes au préalable.

On devrait également garder à l'esprit cette nécessité de conserver des populations aux tailles efficaces suffisamment larges quand on accepte une création de race de chats spotted à poils courts après l'autre ou une création de race de grands chats à poils mi-longs et au type médioligne après l'autre, etc. A moins que le nombre d'éleveurs désireux de travailler avec des races spotted à poils courts augmente en parallèle, le recrutement d'éleveurs de Bengal par exemple ce n'est qu'un exemple se fera au dépens des possibilités de conserver un nombre constant et suffisamment important de chats reproducteurs pour les éleveurs d'Ocicats, d'Orientaux spotted, de Maus égyptiens, etc. Est-ce que les autres races peuvent se le permettre? La nouvelle race sera-t-elle à même de se faire une place parmi toutes ces autres races? Ou auront-elles éventuellement toutes des populations trop petites au final, de sorte que nous n'auront fait que détruire toutes les races spotted à poils courts? C'est un point important auquel les organisations félines doivent penser. Ces menaces sont réelles, pas seulement "théoriques", et on a déjà commencé à en voir les premiers effets, même si c'est dans des proportions bien moins terribles que dans les races canines. Quoi qu'il en soit, nous avons la chance aujourd'hui de pouvoir éviter de mettre les pieds dans des problèmes aussi importants que ne l'ont fait les éleveurs canins! On peut tirer les leçons de leurs erreurs et changer nos pratiques d'élevage pour des méthodes plus saines, ou bien on peut continuer comme avant et finir avec les mêmes problèmes. Mais à moins qu'on fasse quelque chose, et le plus tôt est le mieux, je crains que ça n'empire.

Nous devons commencer à travailler avec ces données. Elles ne doivent pas être oubliées dans les projets de lutte contre des pathologies spécifiques: il s'agit de la base réelle de la santé de nos chats et de nos races.

©Ulrika Olsson, 2002



Bases de données sur internet

Afin de s'assurer que les tailles efficaces des populations et les pools génétiques des races avec lesquelles on travaille sont suffisamment larges, il est nécessaire de créer des bases de données qui rassemblent tous les chats, indépendamment de l'organisation qui les a enregistrés. Les généticiens des populations auront alors la possibilité d'étudier la situation de chaque race, et on pourra obtenir des recommandations basées sur des faits plutôt que sur des devinettes concernant ce que nous PENSONS être la situation. On peut aussi savoir à temps si une race s'apprête à voir la variabilité génétique de son pool allélique décroître, avant que des SYMPTOMES de dépression consanguine n'apparaissent.

Pour informer et aider les éleveurs à travers le monde, il importe également que ces bases de données soient accessibles en ligne, pour que chacun puisse partager l'information rassemblée. De mon point de vue, les recensements ont pour but de rendre service à l'élevage félin et l'information doit ainsi être accessible aux éleveurs. Après tout, ce sont les éleveurs qui prennent des décisions d'élevage. Par conséquent, les informations enregistrées doivent être mises à la disposition des éleveurs du monde entier, pour qu'ils puissent les étudier.

Au départ, quand on parle d'initier une politique plus ouverte, il est fréquent que des personnes s'inquiètent en se demandant si la publication d'informations ne rend pas plus aisée la falsification de pedigrees. Mais la question est plutôt de savoir si cela ne rend pas la falsification de pedigrees plus difficile, puisque ces pedigrees seraient rapidement mis en ligne: les propriétaires des chats impliqués réagiraient immédiatement et des mesures seraient prises pour corriger les erreurs.

Tout cela peut éventuellement sembler effrayant aux yeux de quelqu'un qui n'y a pas songé auparavant, mais je pense que la tendance à conserver secrètes les informations d'un pedigree n'est qu'une affaire de traditions. De mon point de vue, il y aurait de nombreux avantages à tirer de la publication de ces informations il suffit de s'habituer à cette idée et de se convaincre que rien de dangereux ne va se produire.

Je suis fermement convaincue que les "mauvaises" décisions d'élevage, du point de vue de la santé, sont dues pour leur plus grande part à un manque d'information et de connaissance des mécanismes biologiques. Ces bases de données, associées à davantage de formations éducatives organisées par les clubs félins, pourraient grandement contribuer à améliorer les connaissances des éleveurs sur les races et l'élevage. Cela permettrait ensuite d'améliorer la santé génétique de nos chats.