L'exil du chat de Sibérie :
depuis combien de temps l'isolement dure-t-il?
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[Traduit par Elizabeth Morcel, Kreiz ar Mor Maine Coons et Marie Kolyana, Kolyana Sibériens]

Par Alex Kolesnikov, docteur en génétique moléculaire, Chatterie Sibaris, Russie.
(Reproduit avec sa permission)

Part II.

La naissance officielle de la race du chat de Sibérie date de plus de 18 ans. Bien que la race puisse être encore considérée comme "jeune", le laps de temps de près de deux décennies est assez long pour analyser rétrospectivement certains points essentiels du développement du SIB et pour étudier de grandes tendances, qu'elles soient favorables ou non désirées, qui affectent l'évolution de la race de l'origine à nos jours, et qui causent aujourd'hui des problèmes très complexes.

Le nombre de types de SIB très différents existant dans la race prouve que l'évolution a parfois été quasi naturelle plutôt que due à une sélection rigoureuse. Lorsque la sélection a eu lieu, elle a souvent été orientée vers des caractéristiques secondaires, par exemple, la couleur, au lieu d'élever en vue d'obtenir un type cohérent. L'une des questions les plus problématiques est donc la différence significative entre les standards des chats de Sibérie dans les principales organisations félines mondiales. Les chats de Sibérie ont été reconnus par ces organisations à différentes époques et à divers stades du développement de la race. Dès lors, il n'est pas surprenant que chaque organisation, chaque club félin, ou même chaque élevage possède sa propre vision du SIB.

Au début de l'élevage "rationnel" du SIB, à la fin des années 80 et au début des années 90, il y avait une forme de consensus obtenu par les éleveurs soviétiques, puis russes, sur le type du SIB. Ce consensus pouvait à peine être nommé standard, simplement parce qu'il y avait alors très peu de félinologues et d'éleveurs en URSS et en Russie (s'il y en avait). Ce consensus a donc été fortement été influencé par le point de vue des professionnels du chat étrangers, non pas parce que les gens voulaient être les créateurs de la race SIB ou du standard ou quoi que soit d'autre, mais seulement à cause de leur autorité due à leur longue expérience de la félinologie. Aussi l'attitude (encore existante et assez répandue) envers les SIBs de les voir comme simples chats de gouttière est devenue courante. Contrairement, par exemple, aux norvégiens, la race SIB a été principalement développée par des amateurs plutôt naïfs avec (pour les meilleurs, et c'est un euphémisme) une expérience modérée de la félinologie, et encore moins d'expérience de la génétique et de l'élaboration de programmes d'élevages. Le but n'est pas de dire que les gens qui ont commencé l'élevage des sibériens étaient tous ignorants sans exception, mais de souligner que la proportion des éleveurs professionnels et félinologues était beaucoup trop faible et qu'ils agissaient souvent sans se concerter. Cela a conduit par exemple à un grand écart entre les Sibériens de Moscou et Saint Petersburg.

Ce qui a considérablement aidé les éleveurs à ce stade, et avant que les Sibériens ne soient devenus une race uniforme et relativement répandue, est le fait que des siècles de sélection naturelle en Russie, en particulier dans les régions géographiquement isolées de la Sibérie et l'Extrême-Orient, ont donnés des chats avec des caractéristiques communes et génétiquement plutôt stables. Encore aujourd'hui, on peut facilement voir ces chats dans les zones rurales, à juste quelques dizaines de kilomètres de Moscou, sans parler de la Sibérie et du nord de la partie européenne de la Russie.


Rural kitten

1. Chaton en milieu rural près de la ville de Dmitrov,
à 60 km au nord de Moscou .

La réussite des premiers éleveurs SIB et rédacteurs du standard, cruciale pour la poursuite du développement de la race, est d'avoir su saisir au moins quelques-unes de ces caractéristiques stables et de les avoir considérées comme typiques de la race. C'est donc la coïncidence fondée sur la connaissance du contexte génétique naturel et de certaines caractéristiques "écrites" de la race qui ont contribué à conserver le SIB comme une race reconnaissable au lieu d'une population éparse de chats de gouttière. Maintes et maintes fois j'ai entendu affirmer que les chats de Sibérie n'ont rien à voir avec la Sibérie, qu'ils ne sont que des chats de gouttière de Moscou et Saint-Pétersbourg, et qu'ils ne sont qu'une race artificielle, comme, par exemple le Persan ou le British Shorthair. C'est une fausse et dangereuse affirmation dont je ne comprends pas la raison. Les meilleurs SIBs que je connaisse, y compris la célèbre lignée Abakan, Treskuchii Sibirskii Moroz Mur (Irdie), nombre de chats remarquables de Krasnoyarsk en Sibérie, et quelques autres, étaient en fait la descendance de croisements entre les chats en provenance de la partie européenne de la Russie et ceux de Sibérie ou d'Extrême-Orient. Dans le cas de Saint-Pétersbourg, où la population féline a été artificiellement restaurée après la Seconde Guerre mondiale et 900 jours de siège, ces mariages sont survenus naturellement lorsque les chats apportés de Sibérie ont rencontré ceux qui avaient été réintroduits, venant d'autres parties de la Russie. Que le croisement volontaire de quelques chats de type similaire et dont l'histoire est principalement connue diffère du mélange immédiat et arbitraire de grands nombres de chats sans liens de parenté et à l'histoire inconnue, est à nouveau le sujet d'une autre discussion et n'est pas l'objet de la présente.

Bien entendu, il n'y a aucun chat purement "de forêt" dans la taïga sibérienne, ou ailleurs dans le Nord de la Russie, tout simplement parce qu'une couche de neige d'un mètre et plus, et le gel sévère qui l'accompagne, sont tous deux très défavorables à la réussite de la chasse des petits carnivores. D'autre part, les similarités du type de la descendance des mariages entre des animaux géographiquement séparés mentionnés ci-dessus, indiquent que les Sibériens ne sont pas simplement des chats de gouttière au type non identifié, mais plutôt des descendants d'un archétype assez précis, formé au cours de siècles d'une forte pression de sélection en vertu de conditions climatiques difficiles. Les humains ont simplement aidé ces chats à survivre, mais en aucun cas ils n'ont traité les Sibériens ou leurs ancêtres comme des chats de salon dorlotés, nourris uniquement par leurs maîtres, et qui n'ont pas le droit de sortir des maisons. Au contraire, seuls les chats capables de protéger par tout temps les cultures et les stocks des rongeurs, des oiseaux et des autres petits voleurs, ont été avantagés par la sélection. Il est utile de rappeler comment les sibériens se sont développés et à quel type de pression de sélection ils ont été soumis, non seulement à tous les partisans de l'idée du chat de gouttière, mais également à tous les éleveurs de SIB.En effet, si l'archétype existe déjà, il est sage de le suivre en élevage plutôt que d'inventer un nouveau type. Bien sûr, la race originelle est probablement le chat de gouttière, mais néanmoins un chat sélectionné en fonction de conditions assurément difficiles.


Siberian cats

2A. Archétype de Sibérien.

Qu'est-ce qui parle en faveur de l'existence de l'archétype du Sibérien ? Regardons simplement ces deux photos (Fig 2A):

Les chats présentés ici sont à peine parents (peut-être une fois en 8 ou 9 générations). Un chat a été élevé à Krasnoïarsk, un autre en Finlande. Sont-ils différents ? Ou bien sont-ils presque jumeaux ?


Des chats tout à fait semblables ont été utilisés comme exemples quand le standard sibérien de la FIFE a été initialement adopté. (Fig. 2B). C'est un fait surprenant, mais on peut supposer qu'un certain nombre de personnes, y compris les juges de divers organismes, ont oublié ou n'ont jamais vu ces chats qui représentent l'archétype du Sibérien.


Siberian cats

2B. Helios Onix Gloria Cecilia et Tsarevna Seliger, des chats utilisés comme
exemples à l'exposition de reconnaissance des SIB à la FIFe en 1997.

La question de l'archétype est intimement liée à la description du type qui est à son tour en relation étroite avec le standard de la race. En effet, si on considère le standard pour la race d'origine, il est utile de décrire les traits importants qui caractérisent la population féline autochtone primitive plutôt que d'inventer certaines nouvelles caractéristiques rarement trouvées dans le pool d'origine. C'est logique aussi bien du point de vue génétique, que pour tenir compte de la préservation des caractéristiques uniques d'une race indigène qui s'est développée depuis des siècles. Sinon quel est le but de prendre des chats naturels ici et là pour en faire une race ? En outre, si ces particularités n'existent pas, et que l'on ne peut les utiliser comme référence dans la description des caractéristiques d'une race, aucune race ne peut être développée. Ce sont des choses simples mais souvent négligées. Quel sera le développement futur du SIB et comment il va évoluer vers le type extrême, est un sujet vaste et différent qui sera abordé dans un autre article. La question des couleurs, et pourquoi le type doit prévaloir sur la couleur dans la race naturelle, est aussi l'objet d'une autre discussion. Ici, on peut seulement signaler que, bien que la notion de prévalence du type a été utilisée avec succès dans les races sœurs (ou races cousines) du SIB : Norvégien et Maine-Coon, elle a été souvent négligée chez les Sibériens eux-mêmes. Par conséquent, la course aux couleurs chez les SIBS a donné lieu à l'expansion des Neva Masquerades et d'autres couleurs "arc-en-ciel" artificielles. La question de savoir si elle a contribué ou non à maintenir l'intégrité de la race, est évidente à la comparaison des photos de la Fig. 3.


Siberian cats

3. Course à l'arc-en-ciel.

Cette course à "l'arc-en-ciel" que j'ai, par ailleurs, appelée "le problème des années 90" est responsable de la perte de nombreuses lignées de brown tabby depuis le début des années 90 (certaines pourraient être encore présentes aux Etats-Unis), et du peu d'attention porté à la sauvegarde de l'archétype du SIB. A cause de cela, beaucoup d'éleveurs, de juges, et aussi de futurs propriétaires de Sibs, particulièrement en dehors de la Russie, ont reçu des informations contestables et parfois manifestement mensongères.


Alors quel est l'archétype du SIB, et quelles caractéristiques de ce type doivent être inscrites au standard ?


Siberian cat

4. Un Sibérien de Krasnoyarsk ; les lignées indigènes de Sibérie
ont été croisées avec les premières lignées de Moscou.

Bien que la principale caractéristique du standard SIB soit la tête (Fig. 4), et qu'elle détermine le type et les proportions du Sibérien dans leur ensemble et distingue le Sibérien de ses races sœurs, au vu de la situation actuelle, je souhaite aborder la question de la structure de la fourrure avant toutes les autres caractéristiques. Chez certains félinologues, l'idée circule que le pelage du Sibérien est long et vaporeux, et que plus vaporeux est le chat, plus il est "Sibérien". Si l'on suit cette idée, on accorde très peu d'importance à la structure du pelage et aux particularités de la texture des différents composants de la fourrure. Toutefois, il est relativement facile de prouver que la théorie du pelage vaporeux est erronée. Comme le chat originel, le Sibérien a évolué de manière à se protéger des conditions météorologiques et des autres problèmes liés à l'environnement où ils vivent depuis de nombreuses années. Par conséquent, la fourrure doit être imperméable, et former des couches de protection qui protègent l'animal contre le vent, le froid et la pluie, et qui empêchent les bardanes d'envahir facilement la fourrure lorsque le chat chasse. (Ndt (note du traducteur) : Bardane = plante dont les bractées en forme de crochets se cramponnent aux vêtements.) La fourrure est presque totalement renouvelée deux fois par an. Un chat à la fourrure vaporeuse et permanente ne fait en aucun cas partie de l'élite des SIB.


coat types

5. Fourrure : Correcte (A), et incorrecte (B).
(Précision de PawPeds: la photo 5B montre
un chat des forêts norvégiennes.)

Quel est le type de robe parfait ? Tout d'abord, la structure des couches de la fourrure doit être excellente et parfaitement visible. Un poil de garde raide et brillant orne la queue, le dos et les épaules. Il doit être doublé d'une fourrure épaisse, régulière et rugueuse qui forme un écran contre le vent et un isolant thermique sur tout le corps. Le sous-poil aussi doit être dense et compact pour empêcher la fixation des plantes accrochantes. Enfin une fourrure trop longue, fine, manquant de volume, est en disharmonie avec le corps puissant et compact du sibérien. En définitif, on préfère probablement voir un chat sauvage parfaitement proportionné plutôt qu'un poulet prêt à cuire. Pour cette raison, les éléments décoratifs de la fourrure tels que collerettes et culottes doivent être bien marqués, tout en étant compacts et bien dessinés, plutôt que clairsemés et de type persan. (Fig. 5 A et B). Je doute que le long duvet et la fourrure décorative coïncident bien avec le poil de garde épais et brillant qui recouvre le corps. Dans le même esprit, l'essentiel de la couche supérieure de la fourrure doit être formé par des poils normaux épais et assez rugueux, plutôt que par des poils doux et trop longs rappelant le sous-poil. L'idée du triple sous-poil des Sibériens est à présent généralement abandonnée, on peut du moins l'affirmer si on se fonde sur la discussion qui a eu lieu lors du dernier séminaire IFSJ. Le sous-poil doit être nettement plus court que la fourrure normale, sinon la fourrure ressemble à du coton duveteux plutôt qu'à la fourrure uniforme de l'animal sauvage. C'est particulièrement préjudiciable à la forme de la queue, qui ressemble à un éventail de sultan plutôt qu'à un fût dense et compact. En outre un pelage long et soyeux masque généralement les qualités de l'ossature du chat, donnant l'impression d'un chat de taille moyenne et fin plutôt que d'un chat grand et bien charpenté.


head types

6. SIB, Norvégien, et Maine Coon.
© Kristin Knudsen et Anne Solveig Berge, Norvège.

La forme de la tête est une autre question complexe et extrêmement importante. Avant toute chose, la forme de tête est la caractéristique majeure qui fait du Sibérien une race et pas seulement un sosie des Norvégiens et des Maine-coons comme on l'a souvent affirmé au début de l'élevage du Sibérien. Je vais peut-être m'aliéner les éleveurs de NFO et de MCO, mais à mon avis des chats semblables aux sibériens ont sans doute précédé toutes les autres races à poils mi-longs, non seulement les Norvégiens et les Maine-coons, mais aussi les Angoras Turcs et les Turcs de Van. Les chats sauvages à poils mi-longs sont probablement originaires du Moyen-Orient et de la Transcaucasie, et se sont ensuite répandus en différents endroits en Europe, Sibérie, Russie, Asie et ailleurs. Deuxièmement, le type de tête doit être en harmonie avec le type du corps qui est solide, fortement charpenté, et contrairement aux races sœurs, relativement compact. Troisièmement, le type de tête doit suivre l'archétype du chat de Sibérie et de son ancêtre le plus probable Felis Silvestris Caucasica. La différence entre les têtes de Sibériens, Norvégiens et Maine Coons est clairement visible dans Fig.6. La tête du SIB n'a pas de traits extrêmes comme le caractère exagéré des babines et du museau du MCO, et le profil droit et la forme triangulaire du NFO. Mais ce sont des traits bien connus qui masquent souvent des caractéristiques moins évidentes, mais non moins importantes.


head types

7 A: Les babines correctement alignées
forment le célèbre trapèze.
B: Un pseudo-Sibérien ressemblant à un Persan,
avec des babines exagérées et "pendantes".

J'entends souvent une question : qu'appelle t-on forme trapézoïdale de la tête du SIB ? En effet, lorsque vous la regardez bien en face, la tête du Sibérien a la forme d'un large triangle adouci comme correctement indiqué dans plusieurs standards. Si, vue ainsi, la tête était trapézoïdale, cela impliquerait une très large mâchoire inférieure, ce qui est évidemment impossible. Cependant, ce puzzle est facilement résolu si la tête du sib est observée de face par dessus. Dans ce cas, la ligne relativement douce mais nette, définie par les babines, le nez et les pommettes, peut être considérée comme la petite base et les côtés d'un trapèze. La plus longue base du trapèze est la ligne virtuelle tirée en travers des yeux du chat et l'arrête du nez. L'important est que la plus petite base du trapèze soit suffisamment large, et en aucun cas elle ne doit dégénérer en triangle. (Fig. 7. A) Le résultat est que la forme des babines du sibérien est au moins aussi importante que pour le Maine-coon. Celles-ci doivent être bien pleines, mais ni pendantes ni en saillie prononcée à l'extérieur de la ligne harmonieuse des pommettes. Par conséquent, la transition entre les babines et les pommettes doit être parfaitement douce, sans aucun pincement, et la largeur des pommettes doit être substantielle, sinon les babines feront saillie et seront disproportionnées par rapport à des pommettes étroites et haut placées. En même temps, et contrairement aux persans, les Sibériens ont le museau sensiblement saillant, quoi qu'il soit plus court que le museau du Maine Coon. Un museau trop court, comme celui d'un bulldog, avec des babines exagérées ou pendantes, pourrait être le signe de sang persan (Fig. 7. B).

Hormis la partie inférieure des pommettes et des babines, le museau est formé par les mâchoires supérieure et inférieure. S'il est aisé d'imaginer la mâchoire supérieure, il y a beaucoup de controverse à propos de la forme du menton et de la forme de la mâchoire inférieure. L'affirmation concernant le menton faible et en retrait est l'obstacle majeur. En fait, certains félinologues considèrent que le terme "menton en faible pente" signifie automatiquement "faible mâchoire". Le résultat est la promotion de chats Sibériens aux mâchoires très courtes. On n'explique pas comment une mâchoire faible, et en fait physiologiquement faible, peut être cohérente avec le comportement de chasseur de rongeurs invétéré du chat Sibérien.

Idéalement, le menton légèrement en retrait, oblique, ou pour mieux dire, arrondi, devrait être conservé chez les sibériens. Cela contribue à la douceur de l'ensemble des contours de la tête du sibérien, et c'est en fait en bon accord avec l'archétype. En même temps, la mâchoire du chat chasseur doit être forte, pour être en bonne proportion avec la tête massive, et souligner la capacité du chat à capturer efficacement et tuer immédiatement les proies. L'idée que les Sibériens à pedigree on perdu leur capacité à chasser est une illusion fréquente, pour ne pas dire plus. Une courte mâchoire fine, en forte oblique est absolument inacceptable pour un chat sauvage. Une forte mâchoire robuste, avec le menton arrondi, représente une bonne image de l'ensemble de la race sib et la différencie bien des races sœurs.


eye shapes

8. Forme du coin supérieur interne de l'œil.
Incorrect (A) et correct (B).

La forme de l'œil du Sibérien est l'un des sujets les plus controversés. Les différents standards décrivent presque toutes les formes d'œil possibles pour le Sibérien : de "presque ronde" à "ovale". Cela mène à diverses interprétations étranges de ce qu'est la forme de l'œil du sibérien. Un point qui est plutôt bien établi, c'est que les yeux du SIB ne doivent ni être ronds ni en amande. En fait, lorsque l'on examine de plus près les yeux du Sibérien, en particulier chez les chats qui descendent de lignées relativement stables, il est évident que la forme des yeux est plus complexe, et peut être considérée comme appartenant à la famille de formes d'œil en "capuche de moine légèrement oblique". En tout cas, la ligne supérieure de l'arc de l'orbite est plus courte, alors que le contour inférieur est plus long avec le bord extérieur de l'œil nettement en pointe. Ce qui peut être un inconvénient important, auquel on accorde peu d'attention, c'est le bord interne de l'œil en ligne droite, qui altère la forme harmonieuse de l'œil (Fig. 8).


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9. Proportions du profil dans les trois races de forêt. (Dessin publié avec
l'aimable autorisation de Mesdames Knudsen et AS Berge, Norvège).

Pour aller plus en détail dans les proportions d'origine de la tête du Sibérien, on doit mentionner certains paramètres biométriques. L'analyse biométrique de nombreux chats typés a révélé que chez les Sibériens, la longueur du nez (D1), la distance entre le sommet de la tête et la ligne des sourcils (l'os frontal D2) et la distance entre le haut de la truffe et le bas du menton (D3) sont quasiment identiques. C'est très utile pour distinguer les sibériens bien typés de ceux qui ressemblent à Maine Coons (museau trop saillant et menton trop fort) ou à des NFO (profil trop plat et menton pouvant être plus faible). Dans le dernier cas, (Norvégien ndt), D3>D2, et dans le précédent (Maine Coon ndt), D3<D2. Si le chat ressemble un peu à un Persan, D1<D2 et D1<D3.

Important : si le front n'est pas plat, comme il doit l'être chez les Sibériens, les proportions globales entre D1-3 sont souvent déformées. Dans les standards existants, la distance entre les oreilles est interprétée de manière trop arbitraire. Quoiqu'il soit généralement bien établi que les oreilles ne doivent pas être placées trop haut, ni trop proches l'une de l'autre, la distance maximale entre elles n'est généralement pas définie. De ce fait, certains chats avec des oreilles trop écartées ne sont pas pénalisés ; en outre, ils sont préférés par certains juges, en particulier FIFE, bien que la plupart de ces chats ressemblent à des Persans, avec de trop petites oreilles placées très bas et presque enfouies dans la fourrure. Un peu de biométrie pourrait être utile, et la distance entre les oreilles devrait être fixée entre 1 et 1,5 fois la largeur de base de l'oreille. Pour faire une bonne estimation, on doit prendre en compte la largeur de la base de l'oreille du point de vue anatomique, plutôt que la largeur de l'oreille à l'endroit où elle est vue au-dessus de la fourrure.


body shape

10. Proportions visibles du corps du Sibérien.

La hauteur visible de l'oreille devrait être à peine plus grande que la largeur de la base de l'oreille. Lorsque tous ces paramètres (distance entre les oreilles, largeur et hauteur de l'oreille) sont respectés ensemble, il devient évident que tout autre type d'oreille est presque impossible sans introduire de graves distorsions dans les proportions décrites. En fait, la base anatomique de l'oreille (et non pas la partie visible de l'oreille au-dessus de la fourrure) est si large que si on envisage une distance entre les oreilles nettement plus importante que la base d'une oreille, les oreilles devraient être placées presque sous le menton, proches l'une de l'autre. Encore une fois, des coefficients de corrélation pourraient être idéaux pour la description précise du standard SIB, mais puisque leur application officielle est encore au-delà des frontières de la félinologie moderne, on ignore si ces facteurs seront un jour inclus dans le standard du SIB. Le seul ajout est à faire ici est que le corps du sibérien comme on peu le voir avec sa fourrure, correspond parfaitement au nombre d'or, c'est-à-dire que le ratio de la hauteur du tronc à la longueur du corps est d'environ 1:1.6 (Fig. 10).

Je tiens également à mentionner la totalité des points qui ont une incidence sur le jugement du sibérien et leur corrélation. Avant toute chose chez un SIB il y a la tête, et ensuite un corps bien charpenté et musclé (malheureusement, les animaux gras avec une mauvaise ossature sont parfois jugés meilleurs que des animaux à la bonne ossature mais normaux qui paraissent plus légers que ceux qui sont trop gros). Jusqu'à présent, c'est souvent le cas quand on juge un Sibérien qui est supposé être "lourd". Le deuxième mot indispensable de la phrase : "puissamment charpenté" est souvent oublié. Un Sibérien avec des yeux verts, mais à la tête et au corps peu développés est souvent jugé supérieur à un Sibérien de type excellent, mais avec des yeux jaunes ou verts-jaunes. C'est tout simplement intolérable. De nombreuses erreurs de ce type sont provoquées par le choix des mots très ambigu de certains standards SIB. Il est indispensable de faire un travail supplémentaire pour élaborer un libellé correct et sans ambiguïté pour la description de la forme des yeux et le juste choix des fautes du standard Sibérien.

Toutefois, une autre question est celle de la profondeur de l'emplacement de l'œil. Parfois, on critique "des yeux trop enfoncés". Même si cela peut être admis dans certaines circonstances, une race dite "naturelle" ne peut pas avoir les yeux proéminents, qui sont encore un bel indice du type persan. Ici la "douce expression du visage" qui est apparue dans certains standards ou description de race américains pour des raisons inconnues est détestable. Cela ne décrit pas un Sibérien originel mais plutôt un chat poupée avec les yeux ronds, un visage rond, tout est rond. Pourquoi ne pas appeler un tel chat un Persan de compagnie classique ?

Ici, nous avons abordé quelques-uns des points cruciaux de la vision de ce qu'est une race sibérienne. À mon avis, fondé sur l'observation de nombreux Sibériens en Russie et à l'étranger, les Sibériens "ronds" et "vaporeux" sont parfois traités comme un "substitut" au classique Persan. Il en résulte des tentatives constantes de "fusionner" le type du Sibérien et le style "Persan". Malheureusement, les conséquences de cette nostalgie peuvent être catastrophiques pour les Sibériens. Ces derniers, bien que dotés d'une personnalité très amicale et souvent proche de celle d'un chien, ne sont pas des animaux de coussin mais de fervents chasseurs, des chats incroyablement intelligents, puissants, agiles et sûr d'eux. Ceux qui recherchent des caractéristiques analogues à celles du persan dans les sibériens feraient mieux de se tourner vers d'autres races. Ceux qui cherchent un chat pour la compétition d'agility trouveront sans doute chez le Sibérien le meilleur et le plus intelligent participant aux concours d'agilité de tous les chats de race.

Cet article n'est pas une description du standard du SIB, bien qu'il y ressemble. Un certain nombre de sujets importants pour le standard n'ont pas été abordés, certains points au contraire, ont été décrits avec un niveau de détails qui est inutile pour le standard. Aucune norme Aucun standard d'association féline européenne ou américaine n'a été pris en compte pour une comparaison directe. En fait, j'ai tenté de présenter un résumé des discussions qui ont eu lieu en juillet 2005, lorsque la société internationale des juges félinologues (IFSJ) a tenu un séminaire consacré à la révision périodique et à l'ajustement du standard du Sibérien Russe. Ces séminaires permettent de nos jours de rassembler de nombreux juges et éleveurs, et surtout, ils sont les successeurs directs des communiqués sur les races naturelles de Russie élaborés par quelques passionnés il y a près de deux décennies. Certains de ces passionnés sont toujours des membres actifs des ateliers IFSJ (!). J'espère que d'autres systèmes à l'avenir accorderont plus d'attention au standard IFSJ du SIB et à ses conséquences, car il est encore en grande partie conçu par ces mêmes personnes qui ont véritablement rendu compte de l'archétype désormais bien connu du Sibérien et en ont fondé la race en Russie.

© A.V. Kolesnikov, PhD, Moscou, Russie Janvier 2004-Mai 2008.